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Les grands centres potiers de France : de Lyon antique à La Borne et Limoges

Musées & patrimoine · · Publié le 2026-10-27

Base maçonnée d'un four de potier gallo-romain présentée dans un musée archéologique
Four de l'atelier de potiers de Chapeau Rouge (Lyon, Ier-IIe siècles), musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal. Photographie de Romainbehar, CC0.

La France a eu des milliers de potiers, mais certains lieux concentrent une histoire particulière : une argile exceptionnelle, une tradition de plusieurs siècles, une renaissance portée par des artistes, ou un marché devenu rendez-vous national. Voici un tour d'horizon de quelques grands centres de la céramique, avec ce que l'on peut y voir aujourd'hui. Il n'est pas exhaustif : chaque région a ses villages potiers et ses musées.

Lyon et la Gaule romaine

La céramique est l'un des matériaux les mieux conservés par l'archéologie, et la Gaule romaine en a produit en masse. À Lyon, l'antique Lugdunum, des ateliers de potiers ont été fouillés, et le musée Lugdunum présente un four de potier original provenant de l'atelier de la Muette, avec sa cour de service et son foyer. Au musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal, en face de Vienne, sont présentés des vestiges de l'atelier de potiers de Chapeau Rouge, à Lyon, actif du début du Ier siècle au IIe siècle : aire de tournage et four, qui illustrent cet article et notre page sur la formation.

Les potiers gallo-romains produisaient notamment la sigillée, une vaisselle de table rouge et lustrée, moulée et souvent décorée en relief, fabriquée en très grandes quantités dans quelques centres de Gaule et diffusée dans tout l'Empire. Ses tessons, abondants sur les sites archéologiques, servent aujourd'hui à dater les couches de fouille.

Ces vestiges montrent que les gestes fondamentaux, le tournage, la cuisson dans un four à chambre et à foyer, n'ont guère changé dans leur principe en deux mille ans.

La Borne, le grès et le bois

Le hameau de La Borne, partagé entre les communes d'Henrichemont et de Morogues, dans le Cher, est l'un des noms les plus célèbres de la céramique française. Selon la notice du ministère de la Culture, une activité potière y est attestée depuis le XIIIe siècle, mais ce n'est qu'au XVe siècle que les potiers ont maîtrisé la cuisson à haute température de l'argile locale, une terre à grès. Le village connaît son apogée au XIXe siècle, avec vingt et un ateliers, puis la poterie traditionnelle décline au milieu du XXe siècle, concurrencée par d'autres matériaux.

Alors que d'autres villages potiers disparaissent, La Borne connaît un renouveau : des artistes céramistes viennent apprendre auprès des derniers potiers, parmi lesquels Jean et Jacqueline Lerat. Les fours racontent cette histoire : fours horizontaux à tirage oblique au XIXe siècle, fours à flamme renversée vers 1910, puis, après la Seconde Guerre mondiale, fours cubiques de type Sèvres. Les ateliers et fours de La Borne sont inscrits au titre des monuments historiques par un arrêté du 18 novembre 1996, et des céramistes y cuisent toujours au bois. Les caractéristiques de ce type de cuisson sont présentées dans notre article sur le choix du four.

La Puisaye et Saint-Amand

Entre Yonne et Nièvre, la Puisaye est une autre terre de grès. À Saint-Amand-en-Puisaye, l'EMA-CNIFOP, association créée en 1976, forme depuis cinquante ans des potiers et céramistes, notamment au tournage et à l'émaillage. La région conserve ainsi à la fois un patrimoine potier et un lieu de transmission, que nous présentons dans notre article sur les formations à la céramique.

Limoges et la porcelaine

La découverte d'un gisement de kaolin à Saint-Yrieix-la-Perche, en 1768, a permis la fabrication de porcelaine dure en France, d'abord à Sèvres, puis en Limousin, où une manufacture ouvre à Limoges dès 1771. La ville est devenue le grand centre de la porcelaine française. Le musée national Adrien-Dubouché, associé depuis 2012 à l'établissement de Sèvres, y présente la porcelaine et l'histoire de son industrie. Notre article sur Sèvres raconte le versant parisien de cette histoire.

Vallauris, la céramique d'art

Ancienne ville de poteries culinaires, Vallauris est devenue après 1946 la ville où Picasso s'est mis à la céramique, à l'atelier Madoura. Elle abrite le musée national Pablo Picasso, La Guerre et la Paix, et le musée Magnelli, musée de la céramique, dont la collection s'est constituée grâce aux œuvres primées de la biennale internationale de céramique. Nous lui consacrons un article : Vallauris, Picasso et la céramique.

Les villages de marchés : Bussière-Badil, Giroussens

Certains villages sont devenus des centres de la céramique par leurs marchés plus que par leur histoire potière. À Bussière-Badil, en Dordogne, d'anciens élèves des Arts décoratifs de Strasbourg ont créé en 1977 la « Foire des Potiers », que ses organisateurs présentent comme le premier marché de potiers de France ; devenue « Marché céramique », elle a fêté sa 49e édition en mai 2026. À Giroussens, dans le Tarn, où se trouve un Centre céramique contemporaine, un marché de céramique contemporaine réunit chaque printemps depuis 1991 une sélection de céramistes de France et d'Europe.

Au hameau de Saint-Avit, à Lacapelle-Biron, en Lot-et-Garonne, le musée consacré à Bernard Palissy, né là selon la tradition, associe mémoire du potier de la Renaissance et exposition de céramistes contemporains : voir notre article sur Bernard Palissy.

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Sources