Terres, émaux & cuissons

Oxydes colorants et matières premières d'émaux : lire l'étiquette et se protéger

Terres, émaux & cuissons · · Publié le 2026-10-27

Assiette en faïence de Marseille du XVIIIe siècle à bord chantourné, peinte de fleurs et de rinceaux verts sur fond blanc
Assiette en faïence de la manufacture de la veuve Perrin, Marseille, 1753-1780, Wadsworth Atheneum. Photographie de Daderot, domaine public.

Le bleu d'une faïence, le vert d'un céladon, le brun d'un tenmoku : derrière chaque couleur de céramique se trouve une poudre minérale, souvent un oxyde métallique, mélangée à d'autres matières pour composer l'émail. Ces poudres sont fines, parfois toxiques, et se manipulent à sec avant d'être mises en suspension. Voici comment lire ce qu'on achète, s'organiser à l'atelier et éviter les expositions inutiles.

De quoi est fait un émail

Un émail est un verre que l'on fait fondre à la surface d'une céramique. Sa recette associe trois grandes familles de matières. La silice, apportée par le quartz, le sable ou les feldspaths, forme le réseau vitreux. Les fondants abaissent la température à laquelle ce verre fond : oxydes de sodium, de potassium, de calcium, de magnésium, de lithium, de bore, et historiquement de plomb. L'alumine, apportée par le kaolin ou les feldspaths, stabilise l'émail et l'empêche de couler.

Viennent ensuite les colorants : oxyde de fer pour les bruns, les ambres et, en réduction, les céladons ; oxyde de cobalt pour les bleus ; oxyde de cuivre pour les verts, et les rouges en réduction ; oxyde de manganèse pour les bruns et violets ; oxyde de chrome pour certains verts. Les opacifiants, comme l'oxyde d'étain qui a donné son blanc aux faïences historiques, rendent l'émail opaque. Enfin, de nombreux ateliers utilisent des frittes, c'est-à-dire des verres déjà fondus puis broyés par l'industrie, qui incorporent certains composants sous une forme moins soluble.

La pâte elle-même, et nombre de ces matières, contiennent de la silice cristalline, dont la poussière fine est un risque pour les poumons : nous en traitons dans notre article sur la silice et les poussières d'argile.

Lire l'étiquette et la fiche de données de sécurité

En Europe, les substances et mélanges dangereux sont classés et étiquetés selon le règlement CLP (n° 1272/2008) : pictogrammes en losange rouge, mention d'avertissement (« Attention » ou « Danger »), mentions de danger codées H (par exemple H350 pour « peut provoquer le cancer ») et conseils de prudence codés P.

Pour les fournitures professionnelles, le règlement REACH prévoit en outre une fiche de données de sécurité (FDS) pour les substances et mélanges dangereux. C'est un document en seize rubriques ; pour un céramiste, quatre sont essentielles :

Un fournisseur sérieux fournit la FDS avec la commande ou la met en ligne. Si une matière est vendue sans aucune information, mieux vaut s'en passer. Gardez les FDS de toutes vos matières dans un classeur à l'atelier : en cas d'accident, elles disent quoi faire et quoi dire aux secours.

Les matières à connaître de près

Sans prétendre à l'exhaustivité ni remplacer les fiches, quelques matières reviennent souvent dans les conseils de prudence des formations et des fournisseurs.

Ces exemples ne disent pas que les autres matières sont anodines : la classification de chaque produit dépend de sa composition exacte et figure sur sa fiche.

Organiser l'atelier

  1. Un coin pesée à part. Pesez les poudres sur un plan de travail lisse et lavable, à l'abri des courants d'air, idéalement dans un espace délimité, et jamais sur la table de la cuisine.
  2. Mouiller vite. Le risque d'inhalation est maximal tant que les poudres sont sèches. Versez-les doucement dans l'eau plutôt que l'inverse, et couvrez le seau pendant le mélange.
  3. Nettoyer à l'humide. Pas de balai ni de soufflette : une éponge, une serpillière ou un aspirateur à filtre de très haute efficacité, comme le recommande l'INRS pour les poussières de silice.
  4. Se protéger. Gants pour les mains abîmées ou les matières irritantes, masque filtrant adapté aux poussières fines pour les opérations à sec (pesée, ponçage, grattage d'émail sec), vêtements d'atelier lavés séparément.
  5. Ranger et étiqueter. Pots fermés, étiquetés avec le nom exact de la matière et ses pictogrammes, hors de portée des enfants et des animaux, loin des denrées.
  6. Ne pas manger, boire ni fumer à l'atelier, et se laver les mains en sortant.

Les eaux de lavage et les restes

Les seaux de rinçage se chargent de terre, d'émail et d'oxydes. Les céramistes laissent décanter ces eaux pour récupérer les boues, plutôt que de les vider à l'évier où elles bouchent les canalisations. La rubrique 13 de chaque FDS précise le mode d'élimination ; pour les restes de matières dangereuses, la déchèterie de votre collectivité indique si elle accepte les déchets dangereux des particuliers ou si un professionnel doit passer par une filière spécialisée.

Si vous enseignez ou accueillez du public

Un atelier qui reçoit des élèves, des enfants ou des stagiaires a une responsabilité particulière. Les émaux prêts à l'emploi, déjà en suspension et formulés pour un public amateur, réduisent les manipulations de poudres. La préparation des émaux à partir de matières sèches se fait de préférence hors de la présence du public. Si vous employez des salariés, le code du travail impose une évaluation des risques chimiques, formalisée dans le document unique ; les ressources de l'INRS, organisme de référence en santé et sécurité au travail, sont un bon point de départ.

Enfin, le choix des matières est lié au résultat de cuisson : un émail mal formulé ou sous-cuit peut relâcher davantage de métaux. Notre article sur les étapes d'une cuisson explique pourquoi la température et le palier comptent autant que la recette.

Sources