Terres, émaux & cuissons

Émaux au plomb et contact alimentaire : ce que dit la réglementation

Terres, émaux & cuissons · · Publié le 2026-10-27

Bol ancien vu de dessus, à glaçure plombifère verte, jaune et brune sur un décor incisé
Bol à glaçure plombifère à décor « éclaboussé » (détail d'une photographie de deux bols), Metropolitan Museum of Art. Photographie du musée, CC0.

Le plomb a été pendant des siècles l'ingrédient vedette des glaçures : il abaisse la température de fusion, donne un vernis brillant et tendu, fait chanter les couleurs. Il est aussi toxique, et il peut migrer de l'émail vers les aliments, surtout lorsqu'ils sont acides. Voici ce que prévoit la réglementation européenne et française pour la vaisselle céramique, et comment se comporter face à une pièce ancienne ou artisanale.

Pourquoi le plomb et le cadmium

Le plomb entre dans la composition de nombreuses glaçures traditionnelles, en particulier celles des terres vernissées et de certaines faïences. Le cadmium a servi à obtenir des jaunes, des orangés et des rouges vifs. Correctement formulés et cuits, ces émaux peuvent fixer ces métaux dans un verre stable ; mal formulés, sous-cuits ou abîmés, ils en relâchent. Les lignes directrices de l'Institut canadien de conservation rappellent que les glaçures au plomb des terres vernissées anciennes peuvent être endommagées par les aliments et boissons acides : vinaigre, jus de fruit, vin, sauce tomate.

Le risque ne se voit pas : un émail qui relâche du plomb peut paraître parfaitement intact. Seule une analyse en laboratoire permet de le mesurer.

Le cadre européen

Deux textes structurent la matière. Le règlement (CE) n° 1935/2004 pose le principe général pour tous les matériaux au contact des denrées : ils ne doivent pas céder aux aliments des constituants en quantité susceptible de présenter un danger pour la santé humaine, et ils doivent être traçables. La directive 84/500/CEE du 15 octobre 1984, modifiée par la directive 2005/31/CE, fixe pour les objets en céramique des limites précises de cession du plomb et du cadmium et la méthode pour les mesurer.

La directive distingue trois catégories d'objets. Les limites ci-dessous figurent dans le texte consolidé de la directive ; elles sont reproduites par les laboratoires d'essai :

CatégoriePlombCadmium
1. Objets non remplissables ou plats (profondeur intérieure jusqu'à 25 mm)0,8 mg/dm²0,07 mg/dm²
2. Autres objets remplissables4,0 mg/l0,3 mg/l
3. Récipients de cuisson ; récipients d'emballage et de stockage de plus de 3 litres1,5 mg/l0,1 mg/l

En France : l'arrêté du 7 novembre 1985

La directive est transposée en droit français par l'arrêté du 7 novembre 1985 relatif à la limitation des quantités de plomb et de cadmium extractibles des objets en céramique, modifié par un arrêté du 23 mai 2006. Ce dernier a intégré en annexe les règles d'essai et ajouté deux obligations importantes.

L'essai lui-même est décrit en annexe : l'objet est rempli (ou immergé, pour une pièce plate non remplissable) d'une solution d'acide acétique à 4 %, laissée 24 heures à 22 °C ; on dose ensuite le plomb et le cadmium passés dans la solution. Lorsque le cadmium est recherché, l'essai se fait dans l'obscurité totale. La norme NF EN 1388-1 décrit une méthode d'essai conforme à ces règles.

Des limites jugées trop élevées

Les limites de 1984 sont anciennes et contestées. La Commission européenne a engagé une révision de la directive, annoncée de longue date, qui doit abaisser les seuils et pourrait étendre les contrôles à d'autres métaux ; à la date de publication de cet article, nous n'avons pas trouvé de texte européen révisé adopté.

Plusieurs États n'ont pas attendu. Par une décision du Comité de ministres Benelux du 29 novembre 2024, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg ont estimé que les limites européennes ne protégeaient pas suffisamment la santé, en s'appuyant sur l'article 18 du règlement 1935/2004, qui permet des mesures de sauvegarde. Selon des synthèses publiées par des organismes de certification, les Pays-Bas ont publié en mai 2026 un règlement abaissant fortement les limites, et le Luxembourg a adopté le 19 mai 2026 un règlement grand-ducal fixant par exemple, pour la catégorie 3, 10 µg/l de plomb et 7 µg/l de cadmium, soit des valeurs exprimées en microgrammes et non plus en milligrammes. Nous n'avons pas consulté les textes officiels néerlandais ; un céramiste qui vend dans ces pays doit vérifier les règles en vigueur.

Ce que cela change pour un céramiste

Pour un atelier qui produit des bols, des assiettes ou des tasses, la conséquence est concrète : chaque émail destiné à une surface en contact avec des aliments doit être choisi et cuit de façon à respecter ces limites, et cette conformité doit pouvoir être démontrée. Beaucoup d'ateliers utilisent des émaux sans plomb ajouté, font analyser leurs combinaisons terre-émail-cuisson par un laboratoire et conservent les rapports. Les obligations de vente sont développées dans notre article sur vendre de la vaisselle artisanale. Les autres matières à manipuler avec précaution, comme certains oxydes colorants, font l'objet d'un article dédié.

Ce que cela change pour un particulier

En cas de doute sur une exposition au plomb, notamment chez un enfant ou une femme enceinte, c'est un médecin qu'il faut consulter : ce site ne donne aucun avis médical.

Sources