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Vendre de la vaisselle artisanale en céramique : les obligations du céramiste

Se former & exercer · · Publié le 2026-10-27

Bol ancien à fond sombre décoré d'une inscription calligraphiée répétée, peinte en blanc
Bol à inscription répétée « Bénédiction », Metropolitan Museum of Art. Photographie du musée, CC0.

Un bol vendu sur un marché, une série de tasses livrée à un restaurant, des assiettes déposées dans une boutique : dès qu'une céramique est vendue pour servir à manger ou à boire, elle devient un « matériau au contact des denrées alimentaires » au sens du droit européen. Les règles valent pour l'industrie comme pour le plus petit atelier. Voici ce qu'elles impliquent concrètement pour un céramiste.

Le principe : l'inertie

Le règlement (CE) n° 1935/2004 s'applique à tous les matériaux et objets destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires, y compris la céramique. Il impose qu'ils soient fabriqués conformément aux bonnes pratiques et que, dans les conditions normales ou prévisibles d'emploi, ils ne cèdent pas aux aliments des constituants en quantité susceptible de présenter un danger pour la santé humaine, d'entraîner une modification inacceptable de leur composition ou une altération de leurs caractères organoleptiques (goût, odeur).

Le règlement (CE) n° 2023/2006 précise ce que sont ces bonnes pratiques de fabrication : un système d'assurance qualité proportionné, un contrôle des matières premières et des étapes de fabrication, et une documentation. Pour un atelier, cela se traduit par des recettes d'émaux stables et notées, des cuissons contrôlées et un suivi des lots.

La règle propre à la céramique : plomb et cadmium

La directive 84/500/CEE, transposée en France par l'arrêté du 7 novembre 1985 modifié, fixe des limites de cession du plomb et du cadmium selon le type d'objet (plat, creux, récipient de cuisson ou de grande contenance), mesurées par un essai à l'acide acétique à 4 % pendant 24 heures à 22 °C. Les valeurs et le contexte de leur révision sont détaillés dans notre article sur les émaux au plomb et le contact alimentaire.

Concrètement, le céramiste doit pouvoir démontrer que ses pièces respectent ces limites. L'arrêté prévoit que la documentation correspondante (résultats des analyses, conditions d'essai, nom et adresse du laboratoire) soit tenue à la disposition des agents de contrôle par le responsable de la mise sur le marché. Les ateliers procèdent généralement ainsi :

  1. Choisir des émaux annoncés par leur fournisseur comme adaptés au contact alimentaire, et respecter la température et la terre pour lesquelles ils sont prévus.
  2. Faire analyser par un laboratoire les combinaisons réellement produites (terre, émail, cuisson), en commençant par les pièces creuses et les émaux colorés.
  3. Conserver les rapports, et refaire des essais lorsque la recette, le fournisseur ou le mode de cuisson changent.

Le coût des analyses varie selon les laboratoires et le nombre d'échantillons : il se demande sur devis. Mutualiser les essais entre céramistes utilisant les mêmes émaux du commerce ne dispense pas de tester sa propre combinaison, car la terre et la cuisson changent le résultat.

La déclaration écrite de conformité

Depuis l'arrêté du 23 mai 2006, « aux différents stades de leur commercialisation, y compris la vente au détail et à l'exclusion de la remise au consommateur final », les objets en céramique non encore mis en contact avec des aliments sont accompagnés d'une déclaration écrite. Elle indique :

En vente directe à un particulier, sur un marché ou à l'atelier, cette déclaration n'est donc pas exigée. Elle l'est dès qu'un intermédiaire intervient : boutique en dépôt-vente, magasin, restaurant qui achète de la vaisselle pour son service, grossiste. Elle doit être renouvelée lorsque des modifications de la production changent la cession de plomb et de cadmium.

Traçabilité et étiquetage

Le règlement 1935/2004 impose la traçabilité : l'entreprise doit pouvoir identifier à qui elle a fourni ses objets et de qui elle tient ses matières. Pour un atelier, un registre des lots de cuisson, des émaux utilisés et des clients professionnels suffit souvent.

Le même règlement prévoit qu'un objet non encore en contact avec des aliments, lorsqu'il est vendu, porte la mention « convient pour aliments » ou une mention spécifique, ou le symbole du verre et de la fourchette, sauf si sa destination alimentaire est évidente par nature, comme pour un bol ou une tasse. Il doit aussi comporter, si nécessaire, des instructions particulières à respecter pour un usage sûr et approprié.

Ces instructions comptent pour la céramique artisanale : passage au lave-vaisselle, au micro-ondes ou au four, tenue aux chocs thermiques, usage réservé aux aliments non acides pour certaines pièces. Une étiquette ou une petite fiche remise avec la pièce évite les mauvaises surprises et engage la responsabilité du céramiste sur des bases claires.

Ce qui n'est pas destiné aux aliments

Un objet décoratif qui a la forme d'un bol, une pièce de raku, une sculpture creuse : s'ils ne sont pas destinés au contact alimentaire, il est prudent de l'indiquer clairement, sur l'étiquette et oralement (par exemple « pièce décorative, ne convient pas aux aliments »). L'ambiguïté profite rarement au vendeur en cas de problème.

Les autres règles de vente

Les contrôles relèvent de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et de ses services départementaux, qui peuvent être interrogés sur un cas particulier.

Sources