Terres, émaux & cuissons

Défauts d'émail : tressaillage, écaillage, retirement, piqûres et cloques

Terres, émaux & cuissons · · Publié le 2026-11-03

Bol coréen en grès à glaçure gris-vert, décoré à l'intérieur de motifs incisés et incrustés de blanc
Bol en grès à glaçure gris-vert craquelée, Corée, époque Joseon, XVe siècle, musée des Antiquités extrême-orientales de Stockholm. Ce qui est un défaut sur une tasse de tous les jours devient, dans certaines traditions, un effet recherché. Photo : Daderot, CC0.

Ouvrir le four est toujours un moment de vérité. Un émail peut sortir fendillé, retiré en îlots, criblé de petits trous ou collé à la plaque. Ces défauts ne sont pas des fatalités : chacun laisse une signature qui renseigne sur sa cause, qu'il s'agisse de la recette, de la pose ou de la cuisson. Savoir les lire évite de corriger au hasard.

Lire un défaut avant de corriger

Un même symptôme peut avoir plusieurs causes, et changer trois paramètres à la fois empêche de savoir lequel a joué. La méthode des céramistes est toujours la même : noter pour chaque fournée la terre, l'émail, son épaisseur, la position dans le four et la courbe de cuisson, puis ne modifier qu'une chose à la fois, sur des tessons d'essai numérotés. C'est le même principe que pour la mise au point d'un émail ou d'un engobe, décrit dans notre article sur les étapes d'une cuisson.

Il faut aussi regarder où le défaut apparaît : partout ou sur une seule face, en haut ou en bas du four, sur les arêtes ou dans les creux, dès le défournement ou des semaines plus tard. Ces détails orientent davantage que la photo d'ensemble.

Tressaillage : quand l'émail est en tension

Le tressaillage est ce réseau de fines fissures en toile d'araignée qui parcourt l'émail. Il apparaît lorsque l'émail, en refroidissant, se contracte davantage que la terre qui le porte : il se retrouve tendu, comme une peau trop petite, et finit par se fendre. Sur une pièce de faïence poreuse, ces fissures laissent ensuite passer l'eau jusqu'au tesson.

Les ouvrages de référence en technologie des émaux citent plusieurs causes, souvent combinées (Glaze defects, Wikipédia en anglais) :

Les remèdes classiques, formalisés dès le XIXe siècle par le chimiste allemand Hermann Seger, vont dans le sens de rendre l'émail moins dilatable : augmenter la silice, réduire les fondants les plus dilatables, ou au contraire cuire la terre plus haut. On commence par le plus simple, une couche plus fine et un défournement plus patient, avant de toucher à la recette.

Le tressaillage n'est pas toujours un défaut. Les potiers chinois en ont fait un effet recherché, le craquelé, qui fait tout le prix de certaines céramiques anciennes, et le raku en joue volontairement, comme on le voit dans notre article sur le raku. La différence tient à l'usage : un craquelé décoratif ne pose aucun problème sur un vase, beaucoup plus sur un bol à soupe.

Écaillage : l'excès inverse

L'écaillage est le défaut symétrique : l'émail se contracte nettement moins que la terre, se retrouve trop comprimé et se détache par éclats, le plus souvent sur les arêtes, les bords de lèvre et les anses. Il peut apparaître au défournement ou plus tard. Les remèdes vont dans le sens inverse de ceux du tressaillage. Sur une pièce utilitaire, l'écaillage est le plus dangereux des défauts d'accord, car les éclats d'émail sont coupants et peuvent se retrouver dans les aliments.

Un émail légèrement comprimé est en revanche ce que l'on cherche : il résiste mieux aux chocs et ne tressaille pas. Tout l'art de l'accord consiste à rester entre les deux excès.

Retirement : l'émail qui se rétracte

Le retirement laisse des plages de terre nue, aux bords arrondis, comme si l'émail fondu s'était replié sur lui-même. Il trahit un mauvais contact entre l'émail et la pièce avant la cuisson :

Certaines traditions japonaises cultivent un retirement léger comme effet de surface. Hors de ce cas, une pièce qui présente des zones nues à l'intérieur ne doit pas servir à la table.

Piqûres et cloques : des bulles mal refermées

Pendant la cuisson, la terre et l'émail dégagent des gaz : combustion des matières organiques, décomposition des carbonates, air piégé entre les grains de la poudre d'émail. Tant que l'émail est assez fluide, les bulles crèvent et la surface se referme. Si la fusion s'arrête trop tôt, il reste de petits cratères, les piqûres. Des bulles plus grosses, crevées ou non, forment des cloques aux bords vifs.

Les pistes habituelles sont un biscuit mieux cuit, pour que la terre ait déjà rejeté l'essentiel de ses gaz, une couche d'émail moins épaisse, et un palier en fin de cuisson, qui laisse à l'émail le temps de se lisser. Des cloques sur tout un enfournement, à l'inverse, évoquent souvent une surcuisson : l'émail a bouilli.

Coulures et pièces collées

Un émail trop fluide à la température atteinte coule vers le bas, s'accumule au pied et peut souder la pièce à la plaque. En cause : une surcuisson, une couche trop épaisse dans le bas de la pièce, ou une recette prévue pour une autre température. Essuyer soigneusement le pied et le bas de la pièce, laisser une marge sans émail et protéger les plaques avec des galettes ou un enduit de protection pour les nouveaux émaux limite les dégâts.

Défauts et contact alimentaire

Pour une pièce de vaisselle, un défaut d'émail n'est jamais qu'esthétique. Un émail tressaillé retient plus facilement salissures et bactéries dans ses fissures et peut laisser l'eau gagner une terre poreuse ; un émail écaillé libère des éclats ; une surface mal fondue résiste moins bien aux acides des aliments. La question est encore plus sensible pour les émaux contenant des métaux lourds : notre article sur les émaux au plomb et le contact alimentaire détaille les règles applicables. Les matières premières mises en cause dans les corrections de recettes demandent elles aussi des précautions de manipulation, rappelées dans notre page sur les oxydes et matières premières.

La règle de prudence est simple : une pièce dont l'émail est fendillé, écaillé ou piqué à l'intérieur passe dans la catégorie des objets décoratifs, et se vend comme telle.

Sources